Ivor a grandi à Oslo, loin de sa Croatie d’origine mais entouré de ses amis, Marco, Arjan et Jonas, tous issus des vagues migratoires qui les ont amenés en Norvège. Ils sont les conséquences des politiques d’accueil élaborées par les gouvernements successifs mais peu assumées une fois les promesses électorales éculées. Alors ils vivent en périphérie de la ville, dans des communautés cosmopolites et violentes qui ne consacrent que la force et la peur. Les familles sont peu présentes et la précarité constante. Ils dealent, consomment beaucoup de drogues, rackettent les plus faibles et trainent un peu partout dans la ville. Mais surtout, ils abandonnent la perspective d’une vie meilleure car toutes les portes se ferment à eux et il ne leur reste que le choix d’une vie « facile ».
frères
ils sont genre frères? vous êtes pas frères, vous êtes même pas une famille, pourquoi on s’appelle quand on peut appeler personne d’autre, fuck pas une famille, si on est pas une famille, dis-moi pourquoi on est les seuls avec qui on peut causer de trucs que personne d’autre veut voir, que personne d’autre veut entendre, tu sais – tous ces trucs qu’une famille devrait jamais faire
Tah l’époque restitue de manière virtuose ce quotidien de la rue et de la défonce, cette appartenance à une famille reconstituée par les amis pour lesquels l’on est prêt à tout. Les fragments qui constituent ce récit sont bruts comme le bitume dont ils émergent et les réalités qu’ils décrivent. L’écriture est âpre, faite de redites et familiarité, d’argot et d’emprunts multiples pour se constituer en langage endogène et exploser littéralement sur la page. Un choc.










