Les fruits rouges – Anna Meril

Ce livre parle de fausse couche, de sang qui coule, de draps que l’on tache et que l’on refuse de laver, de l’espoir de devenir mère qui ne sera pas mené à son terme tout comme cette grossesse. Ces pages explorent la solitude que l’on éprouve lorsque l’on se retrouve avec ses rêves qui coulent le long de sa jambe. Les mots disent le besoin de se retrouver, de faire le deuil d’une rencontre qui ne sera pas et de respirer, éloigné de l’autre parent qui est parti en tournée le jour de l’événement. Et puis il y a la surprise de ne pas pouvoir s’appuyer sur la littérature qui a été de tous les apprentissages, de toutes les expériences mais pas celle-ci. Alors l’autrice se met en quête de récits qui relateraient les mêmes événements mais peine à en trouver. Elle traque donc les occurrences de ces femmes artistes qui ont affronté les mêmes situations et les mêmes silenciations. 

Je pourrais garder mon linge sale pour moi. Faire mon travail d’écriture en lavandière : rincer l’expérience de la fausse couche, la frotter, la laver, la torde et puis l’étendre sur une corde. Ce serait négliger mon désir d’épingler ces draps anciens comme une mue. Le sang qui a coulé dans mes draps interroge encore mon écriture. 

Avec ce texte à la fois intime et sublime, Anna Meril comble ce qui n’est plus là mais aurait pu l’être. Et qu’elle le fasse pour l’enfant ou pour les autrices qu’elle convoque, on y trouve un refuge qui accompagne autant qu’il protège. Merci. 

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