Gabriella vit avec Edwin depuis sept ans. Iels travaillent toustes les deux à la chaine à l’usine d’extermination et de préparation de poulet qui se dresse à quelques kilomètres du mobile-home qu’iels louent tant bien que mal. Les journées sont harassantes, les conditions de travail inhumaines et les cadences infernales. Mais pour la direction, seuls comptent les résultats et les chiffres réalisés. Et cette situation n’est pas près de changer car les employé.es n’ont aucun pouvoir et sont, pour la plupart, des clandestin.es rongé.es au plus profond de leur dignité et dont la seule préoccupation est de tenter de survivre. Alors Gabriella s’accroche à son rêve, celui de reprendre ses études. Elle économise patiemment les quelques surplus d’argent qu’elle parvient à dégager en se privant de tout et veut croire qu’un jour, ils se sortiront de cette mauvaise passe qui les plongent dans la plus grande des précarités. Mais Edwin gaffe une fois de trop et perd son emploi. Commence alors pour lui une tentative désespérée de reprendre un peu de contrôle sur ses oppresseurs, ce qui le conduira à constamment faire des choix stupides.
Les travailleurs pissaient dans leur frocs à chaque service, plusieurs fois dans la journée. Des petites flaques se formaient occasionnellement autour de leur bottes en caoutchouc, et la chaîne continuait à avancer, et ces poulets dont la vie n’avait aucune valeur régnaient en quelque sorte en maîtres sur les employés et leurs besoins les plus élémentaires.
Dans ce roman social noir et violent, Eli Cranor brosse un portrait glaçant et implacable des dérives du néolibéralisme le plus crasse et de ses conséquences sur les personnes les plus précaires. Il vise juste et ne laisse aucun répit au lecteur, à peine une lueur d’espoir qui se matérialise sous les traits de ses personnages féminins. Une charge sans concession aucune.










