Ceux qui appartiennent au jour – Emma Doude van Troostwijk

C’est à première vue une histoire toute simple ; celle d’une famille avec ses soubresauts, ses joies et ses failles. Autour de notre narratrice, de retour dans la maison familiale après une longue absence, gravitent pêle-mêle le grand-père atteint d’Alzheimer, le frère en plein questionnement existentiel à la veille d’une grande décision, le père en quête de sens et de sérénité après avoir consacré sa vie à sa paroisse et aux autres…

Aucun pathos pourtant dans cette galerie familiale, ou les femmes font figure d’ancrage dans la tempête, mais une infinie tendresse pour ces êtres unis malgré tout, qui savent trouver dans le quotidien et le fait d’être ensemble une petite étincelle qui suffit à les maintenir debout. Baigné par une lumière subtile qui rappelle une toile de maître flamand, Ceux qui appartiennent au jour est la monstration à la fois impitoyable et douce de ce qu’est faire famille.

Car voici la force – voire le tour de force – d’Emma Doude van Troostwijk dans ce magnifique récit ; parvenir à mettre des mots sur ce qui est habituellement vécu mais impossible à dire, à savoir cette façon si particulière qu’ont les membres d’une famille d’être ensemble, de se comprendre grâce à un regard ou un souvenir, de s’enlacer d’une façon qui n’appartient à personne d’autre, d’occuper l’espace, de parler leur propre langage. 

En français ils ne tiennent qu’à un fil. En néerlandais, ils appartiennent au jour. Het zijn mensen van de dag. 

En mêlant ses deux langues, le français et le néerlandais, l’autrice propose de faire un pas de côté sur ces éléments de langage qui sont constitutifs d’une identité et d’une certaine façon de voir et comprendre le monde, liant par là même la langue de la famille et celle de l’écriture. 

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