A 89 ans, Bo est au crépuscule de son existence, il vit seul à l’orée de la forêt avec son chien Sixten. Depuis que sa femme Fredrika est hospitalisée en raison de démences séniles, ses journées sont rythmées par les aides à domicile qui se succèdent, les siestes sur la banquette de la salle à manger et les appels avec son ami de toujours, Ture. Mais ce quotidien paisible bascule le jour où son fils Hans lui annonce qu’il est désormais trop âgé pour s’occuper du chien, que les courtes promenades qu’il supporte encore ne sont pas adaptées à l’animal. Bo se retrouve alors contraint de ruser pour contrecarrer les velléités de son enfant mais doit aussi, peu à peu, admettre que le grand âge le prive d’une part importante de son indépendance. Au seuil de sa vie, les souvenirs de son propre père affluent régulièrement pour lui rappeler tout ce qu’il a honnit chez cet homme et tenter de ne pas reproduire les non-dits et la rareté des expressions de son amour à ceux qui comptent tant pour lui.

Je regarde mon reflet, l’air interrogateur, et j’essaye de chasser mes craintes. Je ne faisais jamais ça avant, je ne ruminais pas et je ne m’inquiétais pas pour un rien. Mais maintenant, chaque aspect de ma vie est devenu fragile. Je ressens soudain de la compassion pour l’homme dans le miroir. Ce n’est sacrément pas facile d’être un humain.

«Les grues volent vers le sud» est un magnifique roman sur le grand âge et les relations humaines. Il vous saisit instantanément pour vous emporter aux côtés de Bo dans les derniers pas d’une vie longue et remplie qui est sur le point de se conclure. Demeurent les questions des choix qu’il faut faire en dépit de ses envies. Un texte poignant et magnifiquement maitrisé qui touche au plus juste. 

Cartouche les Grues
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