L’hospitalité au démon – Constantin Alexandrakis

Le Père a été victime d’abus et de violences sexuelles lors de son adolescence. Alors lorsque Le Père devient Père à son tour, les questions affluent, tout comme la colère, les insomnies et le besoin de comprendre, de cheminer avec cette injustice autant que la peur de reproduire les agressions subies. Il convoque dès lors les exemples de personnes ayant elles aussi été abusées et tente une cartographie des violences assenées aux mineurs. Il s’astreint aussi à un entrainement martial intense et une psychothérapie salutaire, pense et analyse le terreau des abus comme la lâcheté d’une société qui ne prend que trop peu soin de victimes. Il se débat constamment avec ses démons et ceux qui lui sont lâchés en pleine face à longueur de pages, se mue en Dark Tentative de Bon Père de Famille et explore son côté sombre et colérique qui affecte toute la cellule familiale. Et pour finir nous livre ce texte magnifique et poignant à la puissance implacable qui nous uppercute à chaque phrase pour mieux nous témoigner les ressorts de l’ignominie. 

Ce moment où, clairement, on se contrefout de la littérature. Il va falloir dire la violence, avec clarté et dignité. C’est le but. Un travail sur soi et sur les mots pour essayer d’expliquer aux autres à quel point la vie peut être bizarre et dégueulasse. Parce que personne ne veut savoir. Que c’est général. Que c’est partout, tout le temps, avec ton cousin, ton père, ton frère, ton voisin, ta mère. On est nombreux-nombreuses à être seul avec ça. Légion.

Mais ce livre n’est pas que ça. C’est aussi l’une des rares œuvres qui explore la paternité dans ce qu’elle a de fragile et d’imparfaite, d’hésitante et de bienveillante aussi. Et cette figure paternelle permet aussi une narration à l’inventivité folle, qui oscille entre les sujets et les pronoms comme entre les obsessions et les combats intérieurs. 

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