Au 5010 Chennault Road à Houston se dresse une maison familiale vieillissante et indigente mais qui grouille d’une vie sans cesse en mouvement. C’est le royaume de Betty Jean, la grand-mère de l’autrice et la matriarche d’une famille afro-descendante nombreuse. A travers cette figure maternelle, Sasha Bonét, retrace l’histoire de sa famille et plus particulièrement des femmes qui la constituent. Ce besoin de revisiter cette filiation se manifeste à la naissance de sa fille, Sofia. De Lily son aïeule esclave en Louisiane à cette nouvelle génération, elle questionne tour à tour les éducations dispensées par les grands-mères dans ces cultures, la transmission des valeurs et de la force de la communauté, la fragilité d’une liberté jamais réellement acquise et la puissance des confluents qui charrient flots et limons pour se déverser dans une personne en devenir.

Depuis les tout débuts du pays, les femmes noires étaient une source de confort émotionnel, de labeur infaillible : la travailleuse sexuelle, la travailleuse physique, la nounou et la bonne. Les nourrissons blancs à qui elle donnait le sein, et qui en grandissant se tournaient vers elle pour étrenner leur virilité, se nourrissant encore d’elle. L’outil le plus précieux et le plus valable dans l’empire, c’était la matrice de la femme noire.

« Les porteuses d’eau » est un texte à la puissance unique, qui vous saisit à la gorge pour ne plus vous lâcher. Sasha Bonét creuse le sillon de la rage et de l’injustice pour le fertiliser de mots et d’indignations salutaires tandis que toutes les femmes de sa famille et celles qui ont servi de « matrice » à la construction de ce pays se charge de l’irriguer. Pour comprendre, pour ne pas reproduire, pour questionner, une lecture indispensable !

Cartouche Les porteuses d'eau
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