Dans un pavillon de banlieue se joue une comédie aux intonations de misère humaine. D’abord les parents, Cora et Arthur ; lui revit en permanence une jeunesse libre et rock qui n’a d’enviable plus que le souvenir, elle, tente de raviver un désir qui s’est étiolé au fil des années et qui semble toujours se dérober aux turpitudes des tracas du quotidien. Puis il y a leurs filles, Judith, l’ainée et Ninon la plus jeune. La plus âgée a déjà quitté le foyer familial pour vivre avec son copain, un musicien raté qui pense que le monde entier se ligue contre lui pour l’empêcher de devenir la star qu’il mérite d’être. Judith passe le plus claire de son temps à le supporter et à se défoncer avec lui pour oublier son quotidien abrutissant de vendeuse dans un magasin bio et le manque de talent de son conjoint. Ninon, quant à elle, tente de vivre une adolescence somme toute banale faite de jeux de séduction, de sorties dissimulées et improvisées et d’amitiés pas toujours bienveillantes. Dans cet univers, la reproduction des schémas de sabotages et d’empêchement ne rivalise qu’avec le manque de communication et le peu d’empathie dont font preuve les protagonistes pour leurs semblables.
Si je réussi pas, je sais pas comment je vais faire, Judith. Je sais pas comment vivre avec moi-même.
Dans ce récit choral magnifiquement construit, Maybelline Skvortzoff, nous livre un regard froid et désabusé sur le quotidien de l’être humain moderne. Tous les personnages sont constamment aux prises avec des représentations de réussites inatteignables et une réalité décevante qui ne peut aboutir qu’à engendrer une frustration et un ressentiment constant. Une véritable réussite d’humour et d’absurde, saupoudrée d’une bonne dose de malaise.










