Cartilages – Ludovic Villard

Il est déménageur, tout en muscle et nœuds, en douleurs et en troubles. Il est un corps-outil, un employé journalier qui doit appeler le secrétariat en fin de journée pour savoir s’il y aura du travail pour lui le lendemain. Il passe d’une équipe à une autre, multiplie les collègues et les missions, se confronte aux réalités de ces existences avares de mots. Il est trop fatigué pour profiter de son temps libre et de la fille qui partage son quotidien mais, parfois de légères accalmies lui permettent d’entrevoir un peu de joie. 

Parfois, ce ne sont pas les douleurs articulaires qui donnent une sale impression.

C’est le cartilage de l’amour-propre qui grince.

Parfois, c’est une grande tristesse qui domine.

Dans ces notes d’intérim, Ludovic Villard saisit avec brio le quotidien des déménageurs qui sacrifient leur corps en échange de quelques rémunérations ; quantités négligeables d’un système qui les utilise sans considération aucune. Avec une écriture lumineuse et lucide, il rend compte de la pénibilité corporelle, de la précarité émotionnelle et de la fraternité usuelle qui émergent de ces conditions de travail. 

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